Des Vivants, des Vins // Installation

30/12/2018 |

 

Des Vivants, Des Vins

Vernissage 11 janvier 18h

Galerie du Théâtre d’Orléans du 12 janvier au 16 février 2019

 

Programme :

Performances Devenir : 12/19/26 janvier, à 17h

Journée d’étude Éprouver, habiter, raconter : 25 janvier, de 10 à 17h

Finissage Projections / table ronde / Performance : 16 février, à partir de 14h

 

Soit un rituel survivant. Il implique des gens, des verres, une table. Et, au centre, le contenant, la bouteille-totem, celle qui renferme en partage du vin et des histoires. Mais il nous reste à décider de ce que sera la coeur sacré de notre rituel. Pour cela, nous devons choisir les récites que nous allons faire émerger des lies indistinctes qui tapissent le fond de la bouteilles. Des histoires d’arômes, de cuir, de tanins, de robes et de fruits mûrs ? Des contes de vignerons, de cavistes, de laboratoires et de coopératives ? Des images de gel, de sécheresse, de pesticides, de mildiou, d’engrais et de souffre ? des chants de levures, de lisières, de chevreuils, d’herbes, de lianes et de collemboles ? Les mythes du silex, des bassins-versants, du calcaire, de l’argile et de la roche-mère ? Du tissage de ces fils, naît la possibilité d’une rencontre entre les vivants et les récits infinis de leurs relations. Un endroit où l’humain n’est plus que l’une des mailles du filet. C’est autour de cette table commune que nous voulons faire l’expérience des vivants et des vins. Car dire une robe, un nez, un arôme ou une ivresse, c’est invoquer aussi des mains et des microbes, des bouches et des becs, des luttes et des alliances, des narines et des bulles, des chants et des mots, des êtres du sol et de la cave, du soleil et de l’ombre.

 

Programme détaillé

 

 

Performance – Devenir #1

Samedi 12 janvier 17h

Prenez un verre et une bouteille. Deux choses qui contiennent d’autres choses, et surtout : des liquides et des vivants. Inspirez, expirez, buvez. Et sentez ces êtres qui s’insinuent en vous.

 

Performance – Devenir #2

Samedi 19 janvier 17h

Des vignes, un fil de fer. Soudain, deux oiseaux s’y posent et vous regardent longuement. Des geais. Prêtez l’oreille, ouvrez les yeux, car ils savent où se cachent les mille trésors enfouis.

 

Journée d’études : Éprouver, Habiter, Raconter

Vendredi 25 janvier 10h-17h

Une journée d’études en présence d’artistes et de chercheur·e·s pour discuter ensemble de ce que la catastrophe écologique fait à l’expérience sensible et à nos relations aux autres vivants.

 

Performance – Devenir #3

Samedi 26 janvier 17h

Vivre tordu et attaché, taillé et ligoté. S’enraciner toujours un peu plus profondément et persévérer à n’être jamais qu’une liane horizontale. Mais être aussi la colonne qui porte, ici, et le ciel et le sol.

 

Hors les murs

Mercredi 30 janvier 20h30 au Bouillon Orléans

Table ronde autour de la conférence gesticulée de Vinvent Viala, Le Grand Tri, sur de l’urgence de repenser l’écologie politique et de déjouer les pièges du néo-libéralisme.

 

Finissage : Films / table ronde avec les vignerons / Performance

Samedi 16 février 

14h – Salle Vitez – Projection des films de Christelle Pinaut, Philippe Gasnier et Marc Picavez

15h30 – Salle Vitez – Table ronde en présence des vigneron·e·s Noëlla Morantin et Thierry Puzelat

17h – Mezzanine – Performance – Devenir #1

18h – Mezzanine – Apéro de clôture

 

Évènements gratuits sur réservation

Billetterie au théâtre du mardi au samedi de 13h à 19h ou par téléphone 02 38 62 75 30

Vente en ligne sur www.scenenationaledorleans.fr

 

 

 

Le projet collectif Vin/Vivants

Pensé comme un projet hybride entre sciences humaines, arts plastiques et sciences du vivant, Vin/Vivants entend rendre sensible les réponses que des pratiques situées et attachées à un territoire peuvent composer face à la crise écologique contemporaine. C’est dans cette perspective que nous avons fait le choix d’un territoire — une portion des vallées du Cher et du Beuvron, entre Blois et Saint-Aignan — et d’une pratique — la viticulture « naturelle », qui se caractérise par un travail de composition avec les processus vivants. Cette articulation entre un territoire et une pratique nous semble à même de constituer un terrain d’enquête dans lequel se rencontrent le local et le global : un carrefour de problèmes éco-politiques depuis lequel interroger les modes de relations au vivant qui s’inventent en marge des modèles dominants, des mystères de l’ivresse à ceux de la biologie des sols, de la cohabitation du vigneron et du chevreuil à la relation aux levures indigènes.

Comme l’a montré Roger Dion dans un ouvrage devenu classique, l’histoire de la vigne et du vin est si ancienne qu’elle se confond avec l’histoire de l’humanité — ou plutôt d’une humanité, celle d’où sont partis les fondements de l’événement Anthropocène. Cet évènement qui marque, avec la catastrophe écologique contemporaine, notre entrée dans une nouvelle ère géologique acte un changement historiquement inédit du cadre de l’action humaine. La vigne et le vin ont représenté un élément important des sociétés humaines occidentales, intimement associés à leurs économies, à leurs cultures et à leurs mythes. Travailler sur la vigne, l’une des plantes emblématiques du néolithique européen et de l’Holocène, n’est donc pas anodin. Elle a été un élément structurant de l’écologie dans laquelle la civilisation occidentale s’est construite. Face aux bouleversements contemporains de cette écologie, Vin/Vivants entend explorer les pratiques de ces vignerons qui tentent de répondre à ce changement de décor, à « l’intrusion de Gaïa » pour reprendre l’expression de la philosophe Isabelle Stengers. Autrement dit, il s’agit de mieux saisir ce qui se joue dans ces manières de continuer à être viticulteur dans une autre ère, face à l’urgence de repenser nos relations aux autres vivants.

Comprendre les implications écologiques et politiques d’une situation comme celle de la viticulture implique donc de décrire les modes, les formes et les mutations des relations qui s’y nouent. Pour saisir ces transformations, il faut donc (re)devenir sensible aux attachements, aux vibrations, aux échanges qui se tissent et se construisent sur ces territoires qui sont aussi nos territoires, dans leur proximité conjointe avec nos lieux de vie et avec nos pratiques de buveurs.